Pourquoi les arbres fruitiers sont greffés ?

16, 2014

greffe pommierLes arbres fruitiers que nous vendons sont greffés. Pratiqué depuis des millénaires, le greffage a fait ses preuves dans la propagation des arbres. Plusieurs raisons poussent les pépiniéristes à propager les arbres fruitiers par greffage.

La première raison, qui est la plus importante, est de reproduire une variété identique à son original. En effet, disons qu’on découvre un pommier exceptionnel par sa qualité, on l’appellera ici Spartan, et que l’on souhaite reproduire ce pommier. Si on conserve ses pépins pour les semer, les arbres qui naîtront de ces pépins ne seront pas des Spartan, mais bien des pommiers différents portant certaines caractéristiques du pommier Spartan original. À l’image de tout être humain qui porte quelques traits de ressemblance avec ses parents, sans pour autant en être une copie conforme et tout en étant différent de ses frères et sœurs, ainsi sont les arbres fruitiers. Même les pépins issus d’une même pomme donneront chacun un pommier avec des caractéristiques différentes. C’est donc là que le greffage prend toute son importance : il permet de reproduire exactement la même variété.

Et une greffe, c’est quoi?

Similaire à la greffe humaine, on prélève un organe (dans ce cas, un bourgeon du pommier Spartan original, c’est ce qu’on appelle le greffon) qu’on vient fixer sur le corps (tronc) d’un individu receveur (un autre pommier, qu’on appellera le porte-greffe). La nature faisant elle-même le travail, les deux organes (le bois) se soudent ensemble. La sève peut ensuite monter et nourrir le bourgeon Spartan (greffon) qui se réveillera, fera une branche et deviendra le nouveau tronc de l’arbre. Si on regarde attentivement, on peut la plupart du temps observer le point de greffe (l’endroit où le bourgeon a été greffé). Même après plusieurs années, on peut souvent voir une cicatrice de la soudure et/ou un changement de couleur marqué de l’écorce.

L’arbre greffé est en réalité l’association entre deux arbres. Sous le point de greffe, nous avons un pommier qu’on appelle le porte-greffe. Les racines de l’arbre lui appartiennent. Au-dessus du point de greffe se trouve la variété issue du bourgeon greffé, soit dans notre cas la variété Spartan. La variété Spartan ne grandit pas sur ses propres racines, mais bien sur les racines du porte-greffe. Tous nos porte-greffes sont issus de semis de pépin de pomme, ce qui leur donnera l’avantage d’avoir une racine pivot. Sur le marché, la grande majorité des porte-greffes sont issus du marcottage et ne sont donc pas adaptés aux sols argileux.

Une fois qu’un arbre est greffé, ses fruits sont identiques à ceux de l’arbre original. On peut ensuite utiliser les branches de notre nouvel arbre greffé afin de greffer encore plus de pommiers.

Le greffage est un procédé naturel qui ne date pas d’hier, il était utilisé il y a plusieurs milliers d’années, entre autres par les civilisations chinoises. La greffe se produit aussi parfois naturellement  en forêt lorsque les branches de deux arbres se touchent et grandissent côtes à côtes.

Greffage d'un arbre fruitier

Greffage au couteau, on prépare ici le porte-greffe afin de venir y apposer le greffon. On les maintiendra ensuite fermement avec un élastique.

Et le porte-greffe, il sert à quoi?

Le porte-greffe, c’est l’arbre sur lequel on viendra greffer le bourgeon de la variété à propager. C’est lui qui fournira les racines de l’arbre. Son importance est primordiale, car il influence l’arbre sur plusieurs points. D’abord, c’est lui qui décidera de la vigueur (grandeur) de l’arbre. Le porte-greffe déterminera si, par exemple, le pommier sera un pommier nain, semi-nain ou standard (pleine grandeur). Le porte-greffe n’influence pas que la grandeur, mais aussi la durée de vie. Alors qu’un porte-greffe pleine grandeur peut facilement vivre plus de cent ans, les pommiers nains ont généralement une durée de vie de 30 ans, parfois moins. Les pommiers nains ne sont pas appropriés si vous souhaitez que les générations futures profitent aussi des fruits de l’arbre que vous plantez. Ils sont plutôt utilisés dans les vergers commerciaux, car de toute façon la « mode » des pommes change aussi tous les 30 ans. Si depuis plusieurs années la McIntosh est populaire, elle est maintenant souvent remplacée par la Honey Crisp qui gagne en popularité.

Quand on choisit un arbre fruitier, il est essentiel de vérifier que la variété choisie est rustique (résistante au froid) dans sa région. Par exemple, si vous êtes en Abitibi en zone trois, vous devez choisir une variété qui sera rustique en zone un, deux ou trois. La plupart des gens qui cherchent des arbres fruitiers font attention à ce facteur. Cependant, ce qu’ils oublient souvent, c’est de vérifier la rusticité de leur porte-greffe! Si, par exemple, vous choisissez un pommier Norkent rustique en zone deux, mais que le porte-greffe est zoné cinq, bonne chance! Votre arbre ne survivra pas au premier hiver, même si vous aviez bien choisi une variété rustique à votre zone, car un arbre sans racines n’est plus un arbre! Vérifiez que le porte-greffe tout comme la variété greffée sont rustiques à votre zone, car la plupart des porte-greffes sur le commerce (même au Québec) ont été développés pour l’Angleterre et sont produits en Hollande.

Dois-je prendre soin de la greffe?

Si votre porte-greffe est rustique comme il se doit, la greffe ne demande aucun soin particulier. Cependant, il est important de la localiser. Toute branche qui pousserait sous le point de greffe devrait être coupée, car elle ne portera pas les fruits souhaités, mais bien ceux du porte-greffe. Si votre arbre venait à casser par accident, localisez le point de greffe. Si l’arbre est brisé au-dessus du point de greffe, ça ira. S’il est brisé sous le point de greffe, c’est dommage, mais l’arbre qui poussera ne portera pas les fruits souhaités, mais bien ceux du porte-greffe, la plupart du temps inintéressants.

Le point de greffe à différents stades

Dans la séquence ci-dessus, on peut voir un arbre fraîchement greffé, avec l’élastique qui maintient le contact entre le bois du porte-greffe et du greffon. Remarquez la différence de couleur entre les deux écorces. La deuxième image montre comment l’arbre greffé se réveille, après quelques semaines. On voit ensuite la soudure d’une greffe d’un an, puis de deux ans. Enfin, la dernière photo montre la soudure d’une greffe de plus de cinq ans. Moins évidente à reconnaître, on peut tout de même percevoir le changement de couleur dans l’écorce au-dessous et au-dessus de la cicatrice.

Le greffage influence-t-il l’arbre autrement aussi?

Oui, le greffage influence la précocité de la fructification. Un pommier issu d’un pépin et qui n’est pas greffé mettra presque dix ans à donner ses premiers fruits alors qu’un pommier greffé commencera la production en quatre ans! Cela est dû au fait que le bois qu’on greffe est mature, il provient d’un arbre déjà entré en production.

Le greffage est aussi utilisé pour contrôler certaines maladies. En maraîchage, les tomates de serre sont souvent greffées et le procédé s’apparente aux arbres fruitiers. La raison première du greffage de la tomate est la résistance du porte-greffe à certaines maladies issues du sol telles que le flétrissement bactérien ou les racines liégeuses. Ainsi, si l’on souhaite cultiver une tomate X en serre, on la grefferait sur un porte-greffe de tomate Y résistant aux maladies souhaitées afin d’obtenir un plant vigoureux et en santé qui donnera des fruits X.

 Le greffage est aussi très utilisé dans les vignobles en Europe. En effet, les vignes à raisins ont été décimées au 19e siècle en Europe due à une maladie racinaire nommée phylloxéra. Plusieurs vignes américaines sont naturellement résistantes à cette maladie. En Europe, on a donc dû greffer tous les plants de vigne avec des porte-greffes américains résistants au phylloxéra.

Arbres-fruitiers.ca et le greffage

Chez Arbres-fruitiers.ca, nous greffons tous nos pommiers, poiriers et pruniers. Tous nos porte-greffes sont des porte-greffes rustiques et de pleine grandeur, car nous privilégions les arbres de longue vie et de grande vigueur, qui survivront aux hivers les plus froids. Certains pruniers sur le marché sont propagés par bouturage, nous préférons le greffage, car il offre une racine pivot qui permet à l’arbre de s’implanter solidement, même dans un sol argileux, ce qui n’est pas le cas avec un arbre issu de bouturage.